Felix Colin – 26e R.I.

Émouvante découverte  au dos de l’avis de décès de ce soldat tué dans notre secteur de Fricourt.  En effet on peut y lire un extrait de la lettre écrite à ses proches deux jours avant d’être tué  :

« ….Je me demande comment j’ai pu sortir du guêpier où nous étions fourrés, c’est que Dieu n’a pas jugé à propos de me rappeler à lui, espérons-le jusqu’au bout et que, du haut du Ciel, notre cher Papa veillera sur nous tous.  Prions beaucoup Notre-Dame de Bonsecours, ayons confiance en Dieu, et remettons-nous entre ses mains, lui seul peut nous garder, et s’il nous sépare ici-bas, il nous réunira là-haut, loin des maux de cette misérable vie, car je suis prêt à paraître devant Dieu et vous penserez que votre grand est mort en défendant sa Patrie. A la grâce de Dieu, et si je meurs ma dernière pensée sera pour vous. Mais au revoir, espérons quand même. »

Félix Colin est né à Blâmont (Meurthe et Moselle ) le 28 janvier 1893.  Le 25 septembre 1914 il se retrouve dans la Somme avec son régiment.

L’historique de ce régiment nous éclaire sur les circonstances du décès de ce soldat. Nous y apprenons également que le 26e  a subi d’importantes pertes durant les combats des 25 et 26 septembre du côté du bois Olimpe (au sud de Cappy), de Dompierre et d’Herbécourt .  Pour les compenser, le 27 septembre un renfort de réservistes arrivera en pleine bataille à Cappy et à  Eclusier. Est-ce à ces combats meurtriers que Félix Colin fait référence quand il parle du guêpier dans lequel ils se sont retrouvés?

Ce même 27 septembre la bataille est féroce du côté des 41e et 43e Coloniaux (Curlu, Maricourt) et dans la soirée le 26e R.I reçoit l’ordre de repasser au nord de la Somme où il est placé en réserve dans la région d’Etinehem et dans celle de Bécordel.

Dans l’après-midi du 29 il est mis à la disposition de la 11e Division et se porte à l’attaque de Fricourt.  Mais le village, qui est puissamment défendu par les Allemands, ne peut être approché qu’à la nuit tombante.  Et c’est à la lueur des incendies que le régiment s’emparera de la partie Sud de ce dernier. L’historique parle d’ailleurs d’une région en proie aux flammes,  Albert, Fricourt et Mametz sont en feu !

Pour conquérir Fricourt, certaines compagnies mènent des charges à la baïonnette (la 3e du Lt Balicourt, la 6e du Lt Mettavent et la 7e du Lt Bailland). Attaquant par l’Est, elles parviennent à la lisière Nord du village jusque dans les vergers.

Cependant les Allemands, ayant reçu des renforts, contre-attaquent. La lutte pour la possession du village se poursuivra toute la nuit à coups d’attaques et de contre-attaques. Ce combat a lieu dans un village dont les soldats français ne connaissent pas le plan et qui, de plus, n’a pu être approché que de nuit. La lutte est donc confuse dans Fricourt et en dépit d’une belle résistance, ceux qui étaient parvenus à sa lisière nord doivent se replier. Les pertes sont lourdes.

Mais le 26e s’installe solidement au Sud du village.

Au matin du 30 septembre, fusillades et canonnades reprennent de plus belle. La lutte est âpre dans Fricourt où l’on se bat de maison en maison. A l’Ouest comme à l’Est, on lutte pour l’investissement du village dans lequel les Allemands se maintiendront jusqu’au 2 juillet 1916. Cependant le Sud du village restera aux mains des Français jusqu’à la relève, en août 1915, par les troupes britanniques.

C’est donc au cours de ces combat acharnés du 30 septembre que le soldat Félix Colin sera tué.  Son décès ayant fait l’objet d’un jugement déclaratif il semblerait que son corps n’ait pas été retrouvé.

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